Le mot "câlinothérapie" porte parfois à confusion. Pour certains c'est "caresser une personne dans  le sens du poil afin d'obtenir un avantage" ; pour d'autres les câlins se confondent avec les "préliminaires" à la sexualité. Il aurait été bon de créer un terme plus scientifique pour le développement de cette approche tactile. Des livres sont parus avec le mot  câlinothérapie et il semble compliqué de redresser la barre.

Néanmoins j'ai forgé le terme "soins hapto-karis" sur la base des mots grecs. Cela se dirait en français : soins par le toucher bienveillant. Voici donc une présentation de ce que l'on pourrait entendre par ces mots et vers quelle activité on pourrait s'orienter.

Il y a plusieurs orientations très différentes pour le toucher bienveillant, les soins hapto-karis. 
Et chacune de ces orientations est parfaitement respectable. Chacun peut trouver sa place et j'espère pouvoir vous y aider !
Il y a au départ un aspect simplement "loisirs" (une cuddle party) et c'est mieux d'avoir un/une coach. Dans ces loisirs on peut trouver des sous-catégories ! Selon qu'on se contente de l'échange de tendresse ou que l'on recherche des effets dopants la production d'hormones de bien-être.
Ensuite on peut avoir un aspect "travail bien-être", "développement personnel" dans des séances individuelles ou collectives. là c'est important d'avoir quelqu'un d'expérimenté pour être guidé.
D'autre part, on peut voir un aspect "rencontre" (des gens câlins qui cherchent à s'assembler) à travers les diverses sorties proposées. Cette motivation pose parfois problème dans les ateliers, mais elle peut se comprendre et dans ce cas il vaut mieux annoncer la couleur... 
On peut encore avoir  un aspect plus "médical" (séance soin comme je décris sur ce site) là c'est très pointu et il faut avoir beaucoup de ressenti...
Il y a enfin un aspect "team building" (pas encore très courant mais ça pourrait bien se développer...) 

Les soins hapto-karis c'est quoi ?

Soins hapto-karis : une nouvelle approche de traitement du stress

Partie I : Le cadre général :

Je développe depuis quelques années des techniques de soins basées sur l'empathie, le contact tactile bienveillant, et cela inclut le contact bienveillant avec les plantes et les arbres (qu'on appelle « sylvothérapie ») et aussi avec les animaux. Ces différents soins je les appelle « soins hapto-karis » : soins par le toucher bienveillant.

Les soins hapto-karis peuvent donc se répartir en trois catégories. La première est humaine : le contact tactile s’échange entre des personnes, soit entre un patient et un soignant, soit en atelier collectif avec des personnes volontaires et un coach. À noter que les ateliers collectifs sont souvent liés à une pratique de « loisirs bien-être » : le stress est une souffrance commune et beaucoup de personnes cherchent à améliorer leurs vies sans forcément passer par un parcours médical officiel.

La deuxième approche se pratique dans la nature, et on dirige l’empathie vers les arbres (le plus souvent) mais aussi dans mes sorties avec toute forme de vivant végétal. Claudia Ucros signale que « certaines personnes peuvent être guidées à découvrir le contact régénérateur dans le rapport à la nature qui passe parfois mieux qu’avec les humains. » Des connaissances botaniques sont nécessaires pour pratiquer ces sorties : le monde végétal est une vaste usine chimique, qui sait produire plus de 100 000 molécules, dont certaines sont mortelles. Mieux éviter de toucher certaines plantes toxiques…

La troisième formule est orientée vers les animaux. Les personnes isolées sont souvent en compagnie de chiens ou de chats, et le contact tactile avec ses animaux domestiques est l’une des formules d’auto-traitement anti-stress. Il existe aussi des « bars à chat » où les amateurs peuvent se rendre pour câliner un matou. Le ronronnement d’un chat est un anti-stress puissant ; j’ai reçu un témoignage disant que câliner un lapin est également très efficace. Claudia Ucros indique : « C’est comme les gens qui sont parfois très isolés, avec des attitudes (styles) d’attachement qu’on nomme anxieux-évitants et reliées au caractère schizoïde tel qu’il est déterminé en analyse bioénergétique : certaines de ces personnes peuvent avoir parfois un rapport très proche avec les animaux, à la limite plus humain avec ces derniers qu’avec les humains autour d’eux …! » Des expériences sont menées avec les chevaux, des chiens visitent couramment les EPHAD…

Je suis en mesure de pratiquer les deux premières catégories. Je ne dispose pas d’animaux pour proposer des soins.

La sensation de stress permet de mesurer la façon dont chacun accepte le monde tel qu’il est. Si l’on vit dans un environnement bruyant, on peut être soumis à un stress qui peut mener à un sentiment dépressif, de la colère etc. D’autres formes d’agressions peuvent générer le stress, et on arrive au sommet en cas d’agression physique. Notre société fourmille d’occasions de procurer du stress, qu’on va évacuer le dimanche avec une balade en forêt. Mais cette accumulation de stress peut mal tourner : isolement, dépression, conduites suicidaires sont des signes que le stress agit à bas bruit ; dans d’autres cas, la personne peut souffrir de « stress post-traumatique » : l’agression est suffisamment puissante pour désorganiser le comportement de l’individu ; cette agression bloque la personne qui tourne en boucle sur l’événement traumatique (qui a généralement une date et des circonstances précises, et qu’elle n’arrive pas à évacuer, à surmonter).

En France, on compte à peu près 10 000 morts par suicide par an, et 200 000 tentatives de suicide. Je ne dispose pas d’information sur la façon dont la société prend en charge ce problème. Quelques témoignages désastreux existent sur la façon dont sont traités les suicidants à l’hôpital ; des associations privées se chargent de services d’accueil téléphonique pour tenter d’éviter les passages à l’acte.

Le délitement de l’institution du mariage augmente petit à petit le nombre de personnes vivant seules : 10% de la population pour le moment. La moitié des personnes vivant seule souffre officiellement de solitude. Qu’en est-il réellement de l’autre moitié ?

Il n’est pas impossible que la juste lutte des femmes contre les violences qui leur sont faites induisent un effet pervers : les hommes perdent leur repères et ils doivent changer leurs comportements. Mais on ne parle plus que de « harcèlement » et les relations hommes/femmes deviennent compliquées ; des femmes alertent sur le fait qu’il faut bien un terrain d’entente : elles sont mises au pilori, au nom de la lutte féministe.

Les conditions de vie en France sont bonnes, mais certaines catégories de population sont soumises à un stress permanent.

Partie II : public concerné

Les soins hapto-karis par le contact tactile et bienveillant peuvent s’adresser à toute personnes stressée et souffrant de ses conditions de vie :

- stress

- stress post-traumatique

- sidération

- mal-être avec tendance suicidaire

- souffrance due à l’isolement

- hypersensibilité.

Nous vivons en Occident dans une culture judéo-chrétienne. Or les premiers mots de la Genèse sont : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n'a été fait rien de ce qui existe. » Autrement dit, la parole a une prééminence sur toute chose. Au-delà de la parole, le judéo-christianisme établit un ordre : la pensée arrive avant la matière. C’est le secret de toutes les écoles de pensées ésotériques. Cette façon de raisonner a des conséquences terribles : la parole, qui est l’expression de la pensée est d’ordre divin, tandis que le corps, qui est de l’ordre de la matière, est le siège de toutes sortes de manifestations, qu’il faut contrôler, et qui sont plus orientées vers le diabolique. Par exemple au moyen-âge les gaz intestinaux étaient considérés comme émanation du Diable (du fait de leur puanteur)…

La pensée est valorisée, le corps méprisé, maltraité.

C’est peut-être pourquoi tous les soins commençant par « psy » sont basés sur la parole. Certes, dans les hôpitaux psychiatriques des médecins ont expérimenté l’haptonomie et l’ergothérapie ou art-thérapie. Mais ces approches sont minoritaires, d’autant que les molécules de l’industrie chimique ont permis des avancées pour calmer les malades mentaux. À noter que l’haptonomie (Science de l’affectivité) a finit par se spécialiser uniquement sur les relations parents-enfants dans le cadre de la maternité. Les actions sur l’affect en hôpital psychiatrique ont été abandonnées.

Les soins hapto-karis par le contact tactile et bienveillant prennent une orientation radicalement différente.

La parole est d’or, mais on va la laisser dans le coffre-fort ! Un soin tactile est bien évidemment dans le toucher (voire la caresse mais cela reste à explorer, même si ça se pratique au Canada, dans le cadre de loisirs), le geste, l’intention empathique. Le soignant s’oriente vers une économie de paroles. Un peu d’échanges de paroles dans le déroulement est nécessaire surtout pour pouvoir déclencher des rires et bien entendu donner les consignes. Les discours plaintifs sont possiblement sans fin… ils tournent en boucle… La parole peut être aussi l’expression des milliers de pensées parasites qui nous envahissent chaque jour et cela peut empêcher le bon déroulé du soin en empêchant le lâcher prise nécessaire. Enfin par principe il est nécessaire de laisser la parole aux personnes qualifiées pour la recevoir et l’interpréter : nos amis les psys. Les soins hapto-karis sont une voie pour rechercher le traitement de certaines maladies et chaque spécialité doit trouver sa place en bonne intelligence. D’autant que certaines affections résistent à tout traitement…

Un reportage sur Arte intitulé "Le pouvoir des caresses" diffusé en mars 2021 l'indique clairement : "Mécanisme efficace contre la douleur, pas seulement contre la douleur physique, les contacts corporels soulagent aussi la souffrance psychique, souvent plus efficacement que les mots. Ils permettent entre deux personnes l'échange d'informations supplémentaires importantes et d'émotions profondes que les mots seuls ne peuvent exprimer". CQFD...

Partie III Le fonctionnement des soins hapto-karis

Il y a dans le langage une expression qui dit « joindre le geste à la parole ». Cela veut dire : faire ce qu’on dit… passer des paroles aux actes… Certaines techniques commerciales exploitent le sens du toucher pour renforcer un projet d’accord (d’achat…) : c’est mercantile mais c’est la preuve que le toucher provoque une réaction que la parole ne déclenche pas directement… D’autres techniques de préparation mentale comme la PNL exploitent aussi cet aspect.

Donc pour moi, il y a un curseur paroles/gestes : le psy est « paroles ». « Rothschild met en garde explicitement et estime qu’il vaut mieux ne pas toucher, car le toucher pourrait être vécu comme intrusif pour des personnes ayant vécu des intrusions. Le toucher n’est d’ailleurs pas nécessaire, à quelques exceptions près, au bon fonctionnement de son modèle thérapeutique. »

Le soin hapto-karis est « gestes ».

Je cite encore Claudia Ucros : « Les sensations corporelles permettent une voie d’accès directe à l’esprit inconscient et aux parties plus anciennes et primitives du cerveau dans lesquelles l’expérience reste « encodée ». En effet les cellules de la peau et des nerfs sont les même dans le fœtus. La peau a donc potentiellement une mémoire ; des gestes peuvent raviver des souvenirs très anciens, ce qui amène des émotions puissantes. Il faut bien dire ouvertement : les rires et les larmes sont bienvenus…

Des exemples de geste soignant existent dans le monde actuellement. Le 21 janvier, c’est la journée internationale des « free hugs », pratique récente venant de l’Australie. Une Indienne pratique de son côté un « darshan » c'est-à-dire une étreinte maternelle, dans un cadre assez mystique. Le bien-être ressenti par les personnes prises dans les bras par Amma est bien réel…

Dans le cadre d’un soin hapto-karis, le but est d’abord de déclencher des hormones de bien-être, les ocytocines, ainsi que d’autres substances hormonales que le cerveau est capable de produire. Dans un bain de tendresse suffisamment long, ces hormones procurent une sensation pouvant être forte et faire un effet sur plusieurs jours. 

La même notion de « bain » existe en sylvothérapie où l’on peut pratiquer le « bain de forêt ». Dans ce cas le calme, les huiles essentielles produites par les plantes font effet sur les personnes, ce que les japonais inventeurs de ce concept mesurent médicalement.

Dans les soins hapto-karis humains, il est possible de déclencher ce que l’on pourrait appeler un « vortex ». Je pense que c’est le mot juste : une sorte d’aspirateur mental, qui va pouvoir aller chercher dans les souvenirs « réparateurs » le moyen de se ressourcer, de faire redémarrer le système sur la base de la quiétude initiale et non plus de l’inquiétude.

Claudia Ucros dit  : « Le réengagement du corps (dans sa globalité physique et psychologique) permet la remobilisation de l’énergie et de réinstaller une capacité de contenance au-delà de l’expérience traumatique. L’appel aux ressources personnelles et aux expériences positives rouvre la voie d’accès aux stimuli positifs. Il reste à laisser un espace pour qu’il y ait consolidation de ce mouvement vers l’expansion et le plaisir, en accueillant les expériences positives que la personne ramène de sa vie quotidienne, et en laissant la place pour de telles expériences dans les séances de psychothérapie. »

Des gestes précis, selon chaque histoire individuelle, peuvent permettre au vortex de se mettre en œuvre ; mais parfois c’est l’ensemble des deux ou trois heures passées en bain de tendresse qui agissent.

Imaginons un bébé : il ne peut pas s’échapper en cas de danger ; il ne peut pas se nourrir seul s’il a faim ; il n’a pas encore la parole pour réclamer ; il ne peut pas se désaltérer s’il a soif ; s’il a envie de la petite commission : il fait sur lui. S’il a envie de la grosse commission : il fait sur lui. Comme il ne boit que du lait tout ça est très acide et il ne peut pas se mettre du Mytosil pour apaiser… et pourtant pendant des mois le bébé est tranquille. Il pleure s’il fait ses dents ou si on tarde à faire le biberon, mais en gros le bain de tendresse lui donne la quiétude, la quiétude absolue… et on sait maintenant qu’il ne faut pas abandonner les bébés en couveuse : ils doivent être câlinés aussi… Toutes ces sensations sont enregistrées est en nous, on en a le souvenir enfoui.

Une séance de soins hapto-karis peut permettre de faire une sorte de RESET mental. L’individu se ressource à la quiétude vécue bébé. Et ensuite il repart d’un bon pied ! On dit « partir d’un bon pied » : preuve que c’est le corps et le geste qui agissent, bien plus que la parole seule. Parfois…

Partie IV Des expériences concrètes

Le déroulement

Les ateliers collectifs ou les rendez-vous individuels doivent entraîner des personnes dans une confiance réciproque à travers trois parties (dont elles n’ont pas conscience a priori). Ces trois temps se décomposent en une connexion très progressive et ludique (par exemple, nous sommes sur un « tapis volant » et parcourons la planète en découvrant les différentes façons de se dire bonjour à travers le monde) ; puis un deuxième temps permettant de libérer un peu de paroles, du rire, mêlant des notions de « demande acceptée ou non », de compréhension de « limites » (par exemple un câlin des mains (j'en ai un de filmé sur Youtube) est très émouvant et apprend à gérer les consignes) ; ensuite seulement un bain de tendresse vraie, profonde et longue. L'effet demande une séance d’une heure trente au minimum... Il n’est pas rare de dépasser ce temps, sans que l’on s’en rende compte.  Le temps émotionnel n’est pas le même que celui de la montre… C’est très étonnant et pourtant éprouvé à chaque fois.

L’accord

Les soins hapto-karis par le contact tactile et bienveillant nécessitent une entente entre soignant et soigné. Différents exercices progressifs permettent au soigné de comprendre que son choix est primordial, que son accord est nécessaire pour chaque partie de la séance. La main posée sur telle ou telle partie du corps peut avoir une signification fort différente d’un individu à l’autre, en fonction de son histoire et de ses souvenirs. La main posée sur le genou peut faire remonter un souvenir d’enfance agréable ; pour d’autres ce sera un geste intolérable, provoquant une réaction de rejet assez forte…

Claudia Ucros indique : « La question est de discerner qui est prêt ou pas … De sentir les réticences (non-verbales du corps) que parfois la raison ne connaît pas, dans sa conscience séparée du reste ! » L’empathie, la bienveillance peuvent se donner sans contact tactile. Mais dans ce cas, l’individu reste dans son enveloppe inaccessible, et cela ne suffit pas à déclencher le vortex. Seules les personnes réceptives peuvent avoir accès au soin ; sans doute les autres peuvent-elles avoir un meilleur succès avec les techniques psy classiques.

Il est possible que chacun ait un endroit précis, une sorte de porte invisible permettant de déclencher le vortex. Sa recherche s’apparente à un jeu où l’on irait à tâtons sur le corps du soigné. Sachant que les zones érogènes sont strictement interdites dans les séances, la recherche de la porte peut s’avérer fructueuse, en comptant sur le hasard. Les différents exercices sont là pour y arriver.

Une forme de geste rapide pour les situations d’urgence

En 2020, j'ai fait la rencontre d'un médecin en retraite qui a pratiqué une forme de geste assez étrange, qui calme une personne en crise en 2 à 3 minutes chrono. Ce qui est exceptionnel c'est qu'un médecin diplômé de la prestigieuse faculté de Paris valide l'idée qu'un geste, qui semble si banal, peut avoir des effets nets et rapides ! Geste qu’il a pu réaliser régulièrement dans sa carrière. Cette formule ressemble beaucoup dans la position au « darshan » d’Amma, avec une petite différence car il s’adresse à des enfants en crise de colère. Un autre témoignage d’un kinésithérapeute confirme l’intérêt de cette formule.

Ce qui amène à parler du problème de la parité : un soignant pour une malade, une soignante pour un malade…

Dans les ateliers loisirs, la règle est la parité hommes/femmes. J’ai pu constater que les hommes recherchent le contact tactile bienveillant de femmes. La réciproque est vraie, quoique moins nettement. Il a pu m’être reproché de favoriser une « hétéro-normativité ».

Or le croisement du contact tactile homme/femme résulte plutôt des souvenirs enfantins. Disons que la famille idéale (qu’on appelle parfois « le choix du Roi ») c’est un papa, une maman, un fils, une fille. La petite fille va rechercher le contact tactile paternel (pour se rassurer ? pour apprendre à apprivoiser le sexe opposé ?) ; le petit garçon va rechercher le contact tactile maternel (pour les mêmes raisons). Ce processus concerne l’apprentissage du petit humain tout naturellement, et il a pu induire Freud en erreur avec son concept de complexe d’Œdipe. Il faut distinguer dans un humain la capacité sexuelle et la capacité de contact tactile bienveillant et réparateur. Dans le croisement des contacts paternel/fille et maternel/garçon, il n’y a jamais rien de sexuel, à la base en tous cas. Il est évident que l’amalgame étant fait socialement, des dérives apparaissent à ce schéma. Mais si on excepte les cas délictueux, bien des familles fonctionnent de façon normale ; le tabou de l’inceste s’installe naturellement et vers l’adolescence, les contacts tactiles paternel/fille et maternel/garçon s’arrêtent pour laisser place à l’expérimentation des relations extra-familiales.

De tout cela découle que l’adulte va rechercher, tant dans l’aspect loisirs que dans l’aspect soins hapto-karis le contact avec un adulte du sexe opposé ; en conséquence de quoi il serait bon que les soins hapto-karis soient pratiqués par un binôme homme/femme. L’efficacité du soin est à ce prix. Beaucoup de femmes se lancent dans cette possibilité de soins ; la demande est forte du côté des hommes. Il serait bon socialement que les femmes puissent aussi avoir accès à un équilibrage et une meilleure confiance envers les hommes.

Un exemple

Je reçois Mme X. une femme très angoissée, suivie en hôpital de jour régulièrement. Mon processus de soin est toujours le même : un temps de connexion, un temps de jeux, et enfin un bain de tendresse long et profond. La séance dure durant 2 h 30. Comme il a été indiqué plus haut, nous ne nous rendons pas compte du temps qui passe. La séance se passe donc à merveille, très calmement.

L’effet sur cette femme a été « euphorisant » ; elle part en indiquant qu’elle allait solliciter son conjoint pour prolonger la sensation de bien-être. Bien-être qui a duré trois jours (ce qui me semble exceptionnellement efficace compte tenu de l’angoisse ressentie). Malheureusement le conjoint de cette personne n’adhère pas au processus et les confinements n’ont pas permis de renouveler les rendez-vous.

Un autre exemple

Je reçois Mme F. pour une première séance. Seule avec 2 enfants, son quotidien est compliqué par des relations difficiles avec le père de ses enfants ; son angoisse est augmentée par des décisions judiciaires qui ne lui sont pas favorables. Lors de cette première approche, Mme F. a un fort besoin d’être rassurée ; la séance lui apporte du bien-être. Quelques semaines plus tard, nous renouvelons un bain de contact tactile bienveillant. Mme F. a déjà une meilleure assurance, une confiance en elle et en l’avenir. De nouveau quelques semaines se passent et lors d’une troisième séance, Mme F finit par me dire : « Tiens, j’ai pensé vous proposer un jeu. Puis-je vous l’expliquer ? » Par cette remarque (que j’accepte volontiers), je comprends que Mme F a retrouvé un équilibre, qui lui permet de ne plus être dans la seule demande de tendresse. Elle peut maintenant en offrir…

Un vortex
Je reçois Mme A. pour une première séance. L’accord se fait correctement ; puis au commencement du bain de tendresse long, des larmes s’écoulent des yeux de Mme A., sans le moindre sanglot, sans aucune plainte, juste des larmes… Mme A. se blottit contre moi et je laisse cet écoulement lacrymal se passer, sans chercher à le bloquer, le commenter. Tout le bain de tendresse se passe silencieusement et les larmes coulent pendant près d’une heure. Au moment du debriefing, Mme A. semble extrêmement détendue. Nous nous accordons sur le fait qu’une tension accumulée au fil des années a pu s’échapper durant cette séance, et qu’il en résulte un immense soulagement.
Lors de la séance suivante, Mme A. n’aura aucune larme et l’accord sera très équilibré. Mme A. m’expliquera qu’à la suite de la première séance, au moment de s’endormir, elle a eu dans un demi-sommeil une vision de la personne qui la berçait lorsqu’elle était bébé. Un geste bien précis (la main de cette personne venant en protection sur sa tempe) que j’avais réalisé par hasard durant la séance lui a donné ce « contact ». Cet épisode lui a semblé très fort et lui procure un sentiment de protection longtemps après l’avoir (re)vécu… 
Ressources :

Claudia Ucros 

Psychologue - Psychothérapeute en Analyse bioénergétique

Article : « Approche somatique du psychotrauma » Revue « Stress et trauma », 2004